Vers un futur balnéaire?

Monde - Réflexions

Publié le 14/10/2020 par :

wowapikaga

Circuit organisé , ascendant Expat, séjour long

Promeneur en sandales

Après un tour du monde, j'ai voulu remettre mes idées et ma vie en ordre relativement à une prise de conscience environnementale et économique...

Vers un futur balnéaire?


Une plage… Il était une foi
Sandrine Daraut

 

https://monterritoireendebat.fr/project/une-demarche-participative-pour-les-plages-de-demain/questionnaire/questionnaire-5c98eb3be69fa

https://www.tourmag.com/Demain-le-Tourisme%C2%A0-le-grain-de-sable-qui-grippe-l-avenir-des-plages-post-Covid_a104358.html1

https://entreprises.nouvelle-aquitaine.fr/actualites/des-idees-innovantes-pour-les-plages-neo-aquitaines

https://www.tourmag.com/The-N-E-C-New-Explorer-Challenge--un-nouveau-projet-pour-les-etudiants-en-tourisme_a105431.html2

Alors que les acteurs du secteur cherchent partout les clefs d’une reconstruction, voilà, à Braineet3, ce que nous avons proposé ; et si nous végétalisions les lisières de plages, notamment les zones comprises entre les aires de stationnement et les murs délimitant la surface ensablée. Une boîte à livres pourrait aussi s'y trouver, pour faire tourner entre les bains. Mais tous.tes à nos couvre-livres que l'on peut désinfecter !

 

Dans ce cadre, il s’agirait tout d’abord d’identifier les différents protagonistes à intégrer au service d’un tel projet. Dans un second temps, il conviendrait d’envisager plus précisément quelles pourraient être les modalités de coordination et de gestion les plus efficaces, relativement à une telle mise en œuvre.
Enfin, un ensemble élargi et mieux structuré de préconisations environnementales pourrait découler d’un tel positionnement analytique.

 

 


1 – Les parties prenantes


Les différent.es intervenant.e.s à ce niveau peuvent être des cadres élu.e.s, des expert.e.s ou encore des représentant.e.s de groupes d’intérêt.
Ces derniers groupes renvoient tout autant aux collectivités territoriales avec leurs différents échelons (des communes et leurs communautés au Conseil régional en passant par le Conseil Général), au secteur de l’investissement et plus généralement de la prise de décision publique – qu’elle relève d’un contrat local4, régional5, national6 ou européen – au domaine privé non contractuel – intégrant notamment des prestations de services comme les professionnel.le.s de l’hôtellerie – qu’à la communauté de penseur.e.s, en termes d’organismes de formation et de recherche ainsi que d’organisations non gouvernementales. On peut noter, dans cette catégorie, le phénomène actuel de constitution de groupes de réflexion – le plus souvent méthodologiques – ou encore des Think-Tanks, sur les réseaux sociaux – visant notamment à la production d’études sur toute thématique sociétale7.
Pour terminer la liste, la communauté d’accueil peut autant se composer autour d’associations, de syndicats d’initiatives, d’acteur.e.s individuel.le.s ou citoyen.ne.s lambda, que des greeters – portant des revendications relatives aux nécessités de protection environnementale. Des représentant.e.s des modes traditionnels d’usage des ressources naturelles – comme les pêcheurs – peuvent également ici se manifester, sachant qu’aucune de ces composantes ne disposent à elle seule des savoirs et savoir-faire, propre à la gestion régalienne d’un territoire.

 

2 – D’une gouvernance mutualisée


Enchâssé.e.s dans différents comités de pilotage et institutions, les différentes parties travaillent en réseau, dans la perspective d’une collaboration d’expertises – mises au service de la définition d’objectifs partagés.
Afin de fédérer des actions localisées, les élu.e.s utilisent également et centralement leur légitimité démocratique dans le cadre, selon Le Galès (1995), de procédures délibératives non hiérarchiques, plus ou moins stabilisées et impliquant des institutions – externes et internes – qui se reconnaissent et qui ont l’habitude d’interagir en échangeant, tout en négociant des capacités de développement et des ressources sans perdre de vue leurs intérêts propres. Des normes et règles communes interviennent dans de nouveaux processus décentralisés de formulation – en termes d’enjeux et de mises en œuvre. Or, ces actions, comportements et politiques organisationnelles (Mitroff, 1983) affectent et sont affectés par ces différent.e.s agent.e.s décideur.e.s, dont le poids relatif se mesure à l’aune de l’existence – ou pas – de textes garantissant leurs droits, du degré de maîtrise des ressources – notamment financières et humaines – et de leur degré de représentativité dans les différents organes de gestion de ces ressources. Suivant Andriof et Waddock (2002), le niveau de légitimité par rapport aux autres acteur.e.s ainsi que l’aptitude à mobiliser constituent des facteurs d’impact majeurs quant à la définition des règles du jeu de l’action collective.

Ainsi, quel que soit le degré de formalisation d’une structure organisée, l’existence de relations de pouvoir est synonyme de l’existence d’un minimum d’organisation des rapports humains. Et de ce point de vue, « les structures et les règles gouvernant le fonctionnement officiel d’une organisation déterminent les lieux où des relations de pouvoir pourront se développer. En définissant des secteurs où l’action est plus prévisible que dans d’autres, en mettant sur pied des procédés plus ou moins faciles à maîtriser, elles créent et circonscrivent des zones d’incertitude organisationnelles que les individus ou les groupes tenteront tout naturellement de contrôler pour les utiliser dans la poursuite de leurs propres stratégies, et autour desquelles se créeront donc des relations de pouvoir8 » (Crozier et Friedberg, 1977, p. 78-79).
De ce point de vue, La Charte du tourisme durable de l’organisation mondiale du tourisme évoque plus précisément la nécessité d’une globalisation des dispositifs de gestion des ressources, qui reposerait fondamentalement sur un devoir de consultation de l’ensemble des protagonistes investi.e.s dans ce domaine, pour préserver au mieux le capital culturel et naturel d’un site d’accueil, en prévenant notamment les dommages écologiques ainsi que les tensions socioculturelles. Sur cette base, nous pouvons souligner – avec B. Schéou9 – l’utilisation actuelle par les jeunes militant.e.s écologistes de tous les moyens d’action disponibles – pouvant aller jusqu’à porter en justice une inaction étatique. C’est bien sûr sans compter sur l’immense pression des corporations, basée sur la seule dimension économique.


3 – Et mon sable, alors… D’autant que la mer monte ?!


Dans cet arbitrage institutionnel, le plus souvent régi par un principe de contrôle et de gestion mettant à mal les fondamentaux d’une implication citoyenne – même au niveau de la recherche – le seul socle de garantie quant à la volonté primordiale de considérer dans un rapport fondamental de respect les territoires d’accueil est décrit dans La Charte du tourisme durable – établie lors de la Conférence mondiale du tourisme durable, qui s’est déroulée à Lanzarote, du 27 au 28 avril 1995, comme suit ;
« la contribution active du tourisme au développement durable présuppose nécessairement la solidarité, le respect mutuel et la participation de tous les acteurs, du secteur public et privé, impliqués dans le processus. Cette concertation doit se baser sur des mécanismes efficaces de coopération à tous les niveaux – local, national, régional et international » (Annexe 1, p. 104).
Dans ce contexte où jusqu’alors la ou le touriste ne pouvait être considéré.e que comme un.e apporteur.e de devises en face d’un panel de prestations répondant aux désirs les plus fous, sans aucune considérations éthiques, les ressources viennent à manquer. En effet, les bouleversements climatiques – le plus souvent consécutifs à la folie consumériste – et nous sommes nous-mêmes passées par quelques quarante pays (d’aucuns diront « à polluer! ») - invitent à une prise de conscience URGENTE… Afin d’éviter le passage du tout au rien. Mais avant la coercition, nous pouvons peut-être passer par la case « information » !

Pourquoi, dès lors, ne pas pas installer des boîtes à livres, en lisière de plage – où la littérature descriptive du milieu concerné trouverait toute sa place, tout comme des conseils de préparation de produits cosmétiques non polluants ?
Il existe des liants naturels pour la construction… Où des greeters pourraient aussi venir en nombre limité – dans une zone végétalisée, mettant à disposition quelques bancs et terrains de jeu, assortis de points de collecte des déchets et autre matériel à recycler – afin d’attirer l’attention sur les principes d’une charte de bon voisinage…
On pourrait notamment privilégier les transports doux, pour se rendre dans cette sorte de salle d’attente (et d’entente!).
Avant la baignade, les bains de soleil, l’observation à pied – loin des bateaux à moteur – et toute autre promenade pédagogique proposée – prendre aussi un temps de réflexion quant à la nécessité d’un partage équitable des ressources naturelles…
Sans parler d’épidémies, le sable entre, par exemple, pour un tiers, dans la composition du béton armé… Un des principaux matériaux de construction. Après les carrières, on a dragué les rivières… Et maintenant, les mers. Ce sont autant de remblai naturel en moins pour les plages. En effet, ce sable provient de l’érosion - par l’effet de l’eau, des variations de température et l’action du vent - de roches parfois très éloignées ; il s’accumule donc assez lentement – après un long trajet fluvial, ou un transport par le vent.
Selon l’étendue des plages, il faudra donc, à terme, savoir laisser sa place… Et plus généralement, prendre individuellement ses responsabilités.
Sinon, après les amendes, des chercheur.e.s ont – comme substitut au sable - identifié l’olivine - une roche volcanique à extraire, puis dégradée respectivement en carbonates et silicates par le dioxyde de carbone et la mer. Cependant, le développement accru du phytoplancton – par photosynthèse associée à cette transformation chimique – peut à son tour réduire l’oxygénation du milieu marin…


De toute façon, le terme de Nature fait-il encore l’objet de tangibles considérations ?
Quand on voit qu’en Sardaigne, des gardien.ne.s de sable ont même été déployé.e.s pour faire face aux vols qui se multipliaient. Cela se produit partout dans les faits… Mais peut-être que cette innovation pédagogique, en se généralisant, révélera son efficacité !

 

Références bibliographiques

 

 - Joerg Andriof et Sandra Waddock, « Unfolding Stakeholder Engagement », in S.Sutherland Rahman, S. Waddock, J. Andriof and B. Husted (eds.), chap 1. « Unfolding stakeholder thinking », 2002, Greenleaf Publishing, Royaume-Uni.

 - Jérôme Bourgine, « Loin de la contrarier, l’épidémie a profité à la volonté de croissance illimitée de nos dirigeants », interview de Bernard Schéou pour Voyageons-Autrement, 12 septembre 2020.

 - Michel Crozier et Erhard Friedberg, L’acteur et le Système, 1977, Éditions du Seuil.

 - Patrick Le Galès, «  Du gouvernement des villes à la gouvernance urbaine », Revue Française de Science Politique, 1995, 45-1, p. 57-95.

 - Ian I Mitroff, Stakeholders of the Organizational mind, 1983, Jossey-Bass.

 


1 Touriscopie est un site (http://touriscopie.fr/) intégrant la publication d’un journal mensuel, un observatoire, des enquêtes, études qualitatives et tableaux de bord.

2 Dans ce cadre, les étudiant.e.s en écoles de tourisme auront trois mois pour créer l’offre touristique de demain. Il s’agit d’un challenge national proposé par F. Lizée (https://www.linkedin.com/in/fredericlizee/), lui-même formé dans une école d’ « explorateur.e.s » - Excelia* qui a le vent en poupe en ce moment, essaimant son expertise de Paris à Tours, sans détours ! Cette initiative s’inscrit d’ailleurs admirablement bien dans la perspective définie en 1992, au Sommet de Rio – qui s’est déroulé du 5 au 30 juin – quant au développement durable ; un développement déterminé là comme devant permettre aux générations actuelles de satisfaire leurs besoins sans compromettre l’aptitude des générations à venir à satisfaire les leurs.

3 Fondée en 2014, cette plateforme collaborative d’innovation permet le partage d’idées entre les entreprises et leurs collaborateur.e.s, les internautes et les marques.

4 Les agences de développement économique, par exemple.

5 Comme la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement.

6 Il existe des établissements publics comme l’Office National des Forêts.

7 Nous pouvons notamment citer « Demain Le Tourisme ».

8 « Car le pouvoir, les capacités d’action des individus ou des groupes au sein d’une organisation dépendent en fin de compte du contrôle qu’ils peuvent exercer sur une source d’incertitude affectant la capacité de l’organisation d’atteindre ses objectifs à elle, et de l’importance comme de la pertinence de cette source d’incertitude par rapport à toutes les autres qui conditionnent également cette capacité. Ainsi, plus la zone d’incertitude contrôlée par un individu ou un groupe sera cruciale pour la réussite de l’organisation, plus celui-ci disposera de pouvoir » (Crozier et Friedberg, 1977, p. 79).

9 Docteur ès sciences économiques, enseignant – chercheur depuis 22 ans à l’Université de Perpignan, également diplômé en philosophie et impliqué dans de nombreuses structures associatives dans le domaine touristique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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