Dépaysement au Maroc : une randonnée dans les montagnes du Riff

Maroc - Journal de bord

Publié le Mon Apr 20 03:04:51 CEST 2015 par :

musicalex

Baroudeur, routard , ascendant Expat, séjour long

Rédacteur

Le 1er jour, nous avons gravi pendant cinq heures le sommet Jebel El-Kelaa, à 1616 mètres. Le paysage très sauvage ressemblait à certains endroits, aux forêts canadiennes avec leurs sapins verts mais à d'autres, évoquait plutôt l'aridité avec ses cours d'eau à sec et son chemin jauni et poussiéreux. Nous sommes finalement arrivés à Azilane (supposément un village mais composé uniquement de 3 habitations et une mosquée). Une famille nous a accueillis dans ce gite, avec le thé traditionnel à la menthe très sucré mais réconfortant et les petits gâteaux maisons énergisants.

Dépaysement au Maroc : une randonnée dans les montagnes du Riff

Le soleil grille ma peau. Il est 10h du matin à peine et mon t-shirt est trempé. Nous grimpons depuis déjà plus d'une heure derrière notre guide, qui lui, ne semble pas affecté par l'effort. Il marche d'un pas rapide, évitant agilement les cailloux trop instables et bifurquant subtilement lorsque le chemin est trop escarpé. Je respire très fort, derrière mon copain, qui lui aussi fatigue clairement. Nous ne voyons que sapin sur sapin et ça monte terriblement. Mon sac à dos prévu pour 2 jours au milieu de nulle part, pèse déjà sur mes épaules même si j'ai bu la moitié de mon eau. Et puis soudain, c'est magique. Nous sommes arrivés au bout. Une vue spectaculaire sur plusieurs sommets verts à la chaine nous coupe le souffle. Mais non, ce n'était pas la fin. On repart dans les conifères. Il faut continuer à monter. Ce n'était qu'une pause incroyable pour les yeux mais de courte durée pour les jambes.

Nous avons payé 80$ chacun pour souffrir dans les montagnes Riff mais paradoxalement nous entamons les 2 plus belles journées de notre voyage au Maroc.

 

                                                              ***

 

Nous avions entendu des histoires terrifiantes d'arrestation dans cet environnement magnifique mais reconnu pour ses champs de marijuana à perte de vue. Le périmètre est le plus gros producteur du monde de cette drogue douce. Il ne nous plaisait guère de nous perdre lors d'une randonnée et de nous retrouver illégalement sur un terrain avec des chiens à nos trousses.

Nous avons donc opté pour un guide tout inclus, après 2 jours reposants à Chefchaouen, splendide village bleu qui parait tout droit sorti d'une fresque impressionniste. Le matin convenu, le guide est venu nous chercher à l'hôtel. Nous allions marcher pendant 2 jours seuls, avec lui, coupé de tout lien internet et de la civilisation.

 

Le 1er jour, nous avons gravi pendant cinq heures le sommet Jebel El-Kelaa, à 1616 mètres. Le paysage très sauvage ressemblait à certains endroits, aux forêts canadiennes avec leurs sapins verts mais à d'autres, évoquait plutôt l'aridité avec ses cours d'eau à sec et son chemin jauni et poussiéreux. Nous sommes finalement arrivés à Azilane (supposément un village mais composé uniquement de 3 habitations et une mosquée). Une famille nous a accueillis dans ce gite, avec le thé traditionnel à la menthe très sucré mais réconfortant et les petits gâteaux maisons énergisants.

Le maître de la maison donnait l'impression d'être âgé de 90 ans minimum avec ses rides prononcés et une absence de dents et avait voyagé un peu partout dans le monde avant de s'installer dans ce minuscule village au centre d'une vallée introuvable. Il vivait maintenant en hébergeant des touristes qui osaient se rendre jusqu'à chez lui et ne se nourrissait que de ce qu'il cultivait et élevait. Aucune électricité dans sa demeure; tout était cuit à l'ancienne dans un four du jardin et on s'éclairait à la bougie pour aller au toilette dans la noirceur. La tajine qu'il nous a servi le soir goûtait délicieusement le charbon et avait cuit toute la journée. La nuit, les chiens montent la garde et aboient à tour de rôle jusqu'au petit matin. Puis le coq prend la relève et sert de réveil, à l'aube.

 

Chaque famille possède un terrain pour faire pousser ses fruits et légumes mais l'emplacement de celui-ci est tiré au hasard. Celui de notre hôte se trouvait donc à 30 minutes à pied. Ils détiennent aussi tous un lopin de marijuana qu'ils se lèguent de génération en génération et qui est surtout utilisé pour leur consommation personnelle avant l'exportation. Nous sommes passés à travers ces nombreux champs pendant la randonnée, parfois devant pousser de nos mains les grandes feuilles encombrant la route. Personne n'a l'air de s'en offusquer et les plantes poussent en liberté sans surveillance.

Nous avons donc passé une soirée magique, avec ce vieillard étonnant qui savait plusieurs langues et fumait de la marijuana constamment mais dénonçait l'abus d'alcool, son petit-fils de 12 ans très débrouillard et passant son été à aider son grand-père sur le gite, notre guide qui nous a parlé de politique marocaine et deux institutrices hollandaises, clairement non préparées pour fonctionner en terrain hostile, et qui s'étaient perdues en chemin, ayant tenté de commencer la randonnée sans aide. Elles ont été ramassées par des gendarmes et amenées dans ce gite. Elles allaient se joindre à notre groupe le lendemain matin.

 

Après une courte nuit dans le noir complet effrayant (dans les centres urbains, nous avons perdu l'habitude de l'absence de lumière), il était temps de commencer la désescalade. Les hollandaises portaient des sandales et je ne comprends toujours pas comment elles ont survécu à l'épreuve.

 

La descente devait se faire en 4h; cela nous prit plus du double.

 

Descendre sur des petits cailloux avec les chevilles dansant de droite à gauche à chaque pas, sous une chaleur accablante, n'est assurément pas de tout repos. Le guide nous faisait prendre des sentiers originaux où les touristes ne s'aventurent jamais; des pistes donnant sur les vallées époustouflantes et des rivières bientôt asséchées par la canicule mais promettant une fraicheur paradisiaque . Ce régal pour les yeux l'était moins pour les pieds. Au retour, en enlevant mes chaussures, j'ai perdu 2 ongles. Et nous avons erré dans les ruelles bleutées en souffrant à chaque pas pendant 24h.

 

Cependant, lorsque je peinais à suivre le rythme de la marche et que je ne faisais que calculer le prochain endroit stratégique où poser mon pied, je ne pensais justement à rien d'autre. La tête complètement vide. On ne peut mieux faire pour déconnecter et expérimenter de véritables vacances. Un souvenir fort et durable.

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