Escapade au Mexique : retrouver ses répères à Tulum

Mexique - Folles péripéties

Publié le Sun Apr 05 17:15:39 CEST 2015 par :

musicalex

Baroudeur, routard , ascendant Expat, séjour long

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La ville de Tulum se rapproche plutôt d'un lieu de rencontre de baroudeurs et de hippies en pause temporaire de leur longue virée en Amérique Latine. On y croise des vans colorés constamment et des garçons à la barbe et cheveux longs. Tous les hôtels proposent de la méditation et les jus de fruits détoxiquant se boivent à chaque coin de rue.

Escapade au Mexique : retrouver ses répères à Tulum

Cette année-là, Titanic avait raflé tous les oscars. La folie Britney Spears n'existait pas encore mais on adorait tous déjà les Spice Girl et Don't Speak de No Doubt nous faisait rêver d'amour brisé alors que nous n'avions jamais été amoureuses.  Nous n'avions aucune idée de ce qui allait nous arriver dans les prochaines années mais nous ne voulions même pas le savoir. Le présent comptait plus que tout; s'amuser et expérimenter restaient nos priorités.

Cette année-là, je venais de rentrer en première année du secondaire dans un collège privé, j'avais 11 ans et je rencontrai celle qui allait devenir ma meilleure amie jusqu'à l'âge adulte.

 

18 ans plus tard, je suis assise sur mon sac de voyage turquoise, une Sol fraiche dans la main, et j'attends cette même amie de longue date, ainsi que 2 autres de la même époque, dans l'aéroport chaotique de Cancun. Ce matin, j'ai quitté la neige et le froid interminable de l'hiver québécois sans regret, et je sens maintenant enfin le soleil chatouiller ma peau. Nous arrivons toutes par un vol différent puisqu'à l'aube de nos 30 ans, nos chemins se sont aussi séparés. L'une vient de Londres, l'autre de Toronto et enfin, la dernière et moi de Montréal. Je patiente dans ce terminal d'arrivée extérieur, encerclé de grillages et de gardiens armés (en sortir équivaut à ne plus pouvoir revenir) et bondé de chauffeurs de taxi et de transports collectifs criant à tue-tête le nom des passagers attendus. Le seul divertissement, un bar de bières et Margarita hors de prix, vend aussi des chips de maïs, ce qui va composer mon repas pour la journée. Heureusement, on y trouve aussi des toilettes.

J'appréhendais un peu cette semaine; nous sommes devenues des adultes maintenant. Nous avons toutes vécu des expériences douloureuses ou enrichissantes. Nous avons changé plusieurs fois d'idées, de désir et cheminement. Le secondaire parait si loin et en même temps, le temps a défilé à une vitesse folle depuis la graduation, ne laissant pas beaucoup de place à la réflexion ni à la prospection sur la validité de nos choix. Allions-nous toujours nous entendre et approuver qui nous étions devenues?

 

***

Tulum est composée de 2 rues principales. L'une bordant la plage, sort tout droit d'une image d'Épinal : eau turquoise, rochers impressionnants, hôtels rivalisant d'originalité et de beauté avec leur décor et jungle énigmatique entourant le sable. Seule l'odeur nauséabonde des algues échoués sur le rivage nous rappelle que nous ne vivons pas dans une carte postale.

L'autre rue, un peu moins charmante, est plus fréquentée par les locaux et doit son attrait à ses restaurants de tacos délicieux à 7 pesos, fondant dans la bouche, et à ses bars offrant des performances musicales de style varié tous les soirs.

Notre ravissant appartement était situé en pleine ville, et nous n'avons pas regretté ce choix, nous éloignant ainsi des prix exorbitants de la plage (en quelques mètres, les prix chutent de moitié) et des jeunes cherchant un peu trop le Party.

 

La ville de Tulum se rapproche plutôt d'un lieu de rencontre de baroudeurs et de hippies en pause temporaire de leur longue virée en Amérique Latine. On y croise des vans colorés constamment et des garçons à la barbe et cheveux longs. Tous les hôtels proposent de la méditation et les jus de fruits détoxiquant se boivent à chaque coin de rue. Les Resorts aux entrées imposantes et déstabilisantes ont pris pignon sur rue plus loin, sur la route pour l'aéroport de Cancun, et Tulum échappe pour l'instant, à ce genre de vacanciers qui semblent fuir le dépaysement. Le parc de Sian Ka'an empêche la construction massive. De plus, la réglementation de ne pas jeter le papier de toilette dans la cuvette fait fuir les gens trop délicats.

Tant mieux pour nous.

Nous avons donc vécu pendant une semaine la douce vie. On venait de subir l'hiver le plus froid de l'histoire de la météo au Québec. J'étais épuisée, en manque de sommeil et de toutes les vitamines imaginables. J'étais rendue à mon 5ème voyage en 9 mois. j'avais passé les 4 derniers à courir en voulant profiter à tout prix des pays en question. Non seulement, au travail, j'endurais un marathon à répétition mais même en vacances, je me forçais à sprinter tous les jours. Il fallait que je souffle et que je réapprenne à flâner pour plus d'une journée, tout en ayant l'impression de découvrir un décor et un mode de vie différents (ce qui n'est pas possible dans un complexe tout-inclus).

Au menu de cette douce vie à la mexicaine : plongée en apnée dans la Grande Cenote, nage avec les tortues géantes et poissons blagueurs à Akumal, jogging caniculaire sur la route pour la plage, yoga révélateur dans une petite hutte en palmier au Yoga Shala, balade en vélo bleu, longue marche sur la plage dont l'apparence change tous les 500 mètres, repas radieux d'avocat, tomate, chorizo argentin et crevettes à la noix de coco, lecture à l'ombre lors d'un trop-plein de soleil, visite culturelle des ruines Maya et risque constant d'insolation avec un ciel bleu à perte de vue.

Je n'ai pas bougé pendant 1 semaine, refusant même d'accompagner pour visiter les ruines de Chichen Itza, à 3h de route de là. Mon budget serré m'a forcée à profiter uniquement des bienfaits de la tranquillité et de l'apaisement de Tulum. Je respire à nouveau.

À cela s'est ajouté, bien sûr, un peu de vie nocturne. Au Batey, un coq apprivoisé, Carlos, assiste au concert tous les soirs et assis royalement, monopolise toute une table à lui-seul. Parfois, une poule vient le rejoindre et tangue langoureusement, en écoutant le jazz ou le reggae. On y sert les meilleurs et les plus corsés Mojitos de la ville. Le Chardonnay chilien s'y boit bien frais. On y passerait la soirée mais vers minuit, nous tombions des clous, épuisées par les activités de la journée et le corps surchauffé par le soleil ardent et ramolli par ces derniers mois de bureau.

 

Un soir, nous avons pourtant continué la tournée à la Mezcaleria, sur le toit d'une auberge, bar décoré de masques troublants de Lucha Libre et diffusant des chansons du début des années 2000. En plus d'avoir affolé les australiens présents qui ne s'attendaient pas à voir débarquer 4 jeunes femmes en robe d'été, nous y avons dégusté notre premier mezcal, qu'on boit à Tulum, avec des criquets séchés. Ça croque sous les dents mais l'alcool, savoureux rappelle les arômes d'un scotch. Breuvage adéquat pour assister au curieux spectacle d'un trio improbable composé d'une jolie locale d'1m45 maximum, d'un jamaïcain de plus de 2 mètres et d'un mexicain âgé de plusieurs dizaines d'années de plus qu'eux. Ce dernier, trop saoul pour marcher s'est effondré après un verre. Ces deux compagnons ont du quitter en le soutenant chacun d'un bras, la jeune fille peinant à marcher au même rythme que son compagnon géant. Visualisant la scène de départ, nous ne pouvions nous empêcher de nous demander, comment s'étaient-ils rencontrés? De drôles de combinaisons se produisent en vieillissant.

Pourtant, de notre côté, nous avons pu observé que bien qu'ayant évolué à distance, nos pas continuaient à se diriger vers la même direction. Nous continuons à nous rapprocher après toutes ces années de séparation. Cette semaine a confirmé ce que nous avions ressenti il y a tant d'années; notre amitié allait perdurer.

 

Puis, est venu l'heure du bilan. Le Mezcal nous a rappelé nos 30 ans approchant, en nous donnant un bon mal de tête le lendemain. Une semaine dans ce coin paradisiaque et apaisant, paraissait court mais en même temps suffisant. Notre peau s'était fatiguée sous la flamme du soleil dont on avait perdu l'habitude et nous avions finalement soif de reprendre nos activités. Jamais je ne me suis sentie aussi fraiche et motivée d'un retour de vacances. Cependant, j'aurai bien continué à traverser le Mexique. Tulum m'a ouvert l'appétit pour ce pays.

 

Dans l'avion, assise à côté d'un québécois dans la quarantaine, qui n'avait jamais voyagé hors des sentiers battus, ignorait qu'on pouvait s'aventurer à l'extérieur des complexes hôteliers et manger de la nourriture exotique sans mourir d'intoxication, je me suis rendue compte qu'à pratiquement 30 ans, nous n'avions rien à envier à personne dans la découverte de ce monde. Parce qu'au moins, nous avons toujours osé prendre des risques.

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