Le cornetier de Salers et Mister Plastique

France - Réflexions

Publié le Wed Sep 11 17:44:39 CEST 2013 par :

mesbrouffe

Baroudeur, routard , ascendant Rando, trek, nature

Promeneur en sandales

« En gros, il y a autant de kératine dans les ongles de quelqu’un que dans l’intégralité de ses cheveux et de ses poils, VOUS IMAGINEZ DONC BIEN que la corne de vache est beaucoup plus chargée ».

Le cornetier de Salers et Mister Plastique

Imaginer, je peux.

« Imaginer donc bien », c’est un poil plus complexe ; la rencontre avec le cornetier vaut le détour.

Nous sommes donc à Salers, en plein mois d’août avec les quelques rares touristes que compte le Cantal qui ont prévu, évidemment, de s’arrêter dans cette jolie vieille ville au cours de leurs vacances. Des ruelles escarpées, des pavés par milliers, des couteliers, des bijoutiers, des fromagers et… un cornetier !

 

De la corne en veux-tu en voilà.

Dans sa boutique : des assiettes, des cuillères à salade, des couteaux à beurre, des boucles d’oreille, des vases, des peignes mais aussi de la corne, à l’état brut. Des belles cornes de vache. Tout simplement.

Alors voilà, c’est joli, c’est remarquable, tout ce qu’on veut mais moi, ce n’est pas ma came. Je vais donc pour m’extirper tranquillement du magasin en sautillant à pas de loup devant le cornetier. Manque de chance, nos regards se croisent et l’amie qui m’accompagne, amatrice de poterie, voit en ce contact visuel une occasion de parler technique. En ce moment, la coloration de pigment et la cuisson de matériaux, c’est son truc. Je respecte. En plus elle fait des trucs top.

 

« Ah mais vous n’avez pas eu l’explication ? ».

Oh non. On est parties pour 20 minutes.

 

Alors ok, on coupe l’extrémité (partie pleine) pour en faire des manches de couteaux, on ouvre la corne en deux, on la chauffe et on la presse. Mémoire de forme oblige, on laisse refroidir sous la presse. Et puis on nettoie, on polit, on découpe. Tout ça tout ça. Ca marchait fort dans les années 60, il y avait 6000 cornetiers en France. Et maintenant, vous êtes combien ?

« ».

Ah…

 

Mister Plastique

Et c’est à ce moment qu’arrive dans l’histoire le salaud. En gros, Mister Plastique, c’était un cornetier qui voyait bien que les peignes en corne, ça cartonnait. Du coup, idée de génie, il a fait des peignes en plastique « imitation corne ». Moins cher, plus léger et plus facile à produire en grande série.

 

Succès dingue et rendu de tablier des cornetiers, un à un, pour n’être plus que 4.

 

Là où le cornetier de Salers s’indigne, de sa désinvolture résignée, c’est qu’on a tous oublié, nous, les consommateurs de plastique, que si le peigne était fabriqué en corne, ce n’était pas QUE pour avoir un bel objet moiré. La corne, contrairement au plastique, c’est antistatique (rapport à la keratine et à la quantité de poils des vaches, VOUS IMAGINEZ BIEN). Donc en gros, quand on se peigne avec de la corne, on a une chevelure « douce et disciplinée », quand on se peigne avec du plastique, on a le cheveu « revêche et rebelle ».

 

De la kératine au kérosène

Le mot de la fin du cornetier ?

« Vous voyez les Airbus, ça marche bien, on en vend pas mal, hein ? Et bien imaginez que moi je décide de faire des avions mais qui volent pas. Et tout le monde trouverait ça génial et en achèterait plein. Super, non ? ».

Le cornetier m’a convaincue : Mister Plastique, vous êtes un salaud.

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